Dans les coulisses d’une troupe de théâtre amateur, la compagnie « Les Moments de l’Instant » d’Issy-les-Moulineaux
Instant. Dix comédiens amateurs (*) débarquent à Barbizon ce samedi, accompagnés de leur metteur en scène. Il est 16 heures, 16h30, 17
heures, les arrivées se font en décalé. Peu importe, il est encore tôt.
Les voitures débordent d’accessoires, de costumes, de décors : deux chaises, une table, une bouteille de vodka où l’eau a remplacé l’alcool si cher aux russes…
un bidet même. Dans quelques heures, se jouera Antigone de Jean Anouilh, à l’occasion du festival du Pays de Bière. Les spectateurs se presseront pour obtenir les meilleurs sièges, ceux
près de la scène, là où l’on voit le mieux l’histoire qui se joue.
En cette fin d’après-midi, alors que le metteur en scène s’approprie la salle de spectacle – Etienne Rattier ne se contente pas de guider, d’orienter les
comédiens, il est éclairagiste, ingénieur du son, maître de cérémonie – chacun a la même idée, une promenade dans les rues accueillantes du village touristique. On s'y croise, on flâne, on
prend un en-cas, des photographies, on se détend.
Intant de générosité. Demain la compagnie jouera à l'Espace Icare d'Issy-les-Moulineaux, au profit de l’association Enfants des
Rizières qui vient en aide aux Enfants d’Asie du Sud-Est. Mais ce sera demain...
Moments. Retour à la salle, toujours en décalé. Le décor est en place sur la scène, Etienne Rattier s'affaire toujours, quelques
problèmes d'éclairage. Au sous-sol, dans la grande loge, les comédiens commencent à se grimer, à enfiler leurs costumes. Dans une ambiance badine, les blagues fusent, on se raille
gentiment, affectivement. L'entente, la complicité est palpable. Une légère angoisse et une excitation aussi. Instants volés, en vrac: "J'ai commencé à me remémorer mon texte dans la
voiture mais rien ne venait, alors j'ai arrêté"; "Tu as un crayon noir pour les yeux s'il te plait"; "J'ai hâte d'être sur scène"; "Quel beau caleçon! Tu n'as
qu'à jouer comme ça"; "Tu commences à angoisser toi?". On mange quelques friandises, un cake maison, on trinque avec un verre de vin, on se réchauffe avec une tisane, on rit
encore.
Instant. Etienne appelle ses comédiens sur scène. On connait ses placements, ses entrées, son jeu, ses répliques, Antigone a déjà été
joué par la troupe de la Compagnie "Les moments de l'instant" plusieurs fois, dans des maisons de retraite ou encore à l'Espace Icare d'Issy-les-Moulineaux. Mais la salle, la scène sont
toujours différentes. Il faut s'adapter, recréer une atmosphère. Quelques rires encore mais la concentration, l'implication reprennent leur place. On a beau être amateur, l'investissement
est concret.
Moments. Quelques minutes encore, retour en loge. Montée en coulisse. Profondes respirations. Souffleur en place. Entrées sur scène.
Placements. 20h30 lumière. Plus d'une centaine de spectateurs en face. Antigone se joue. Les comédiens sont à la hauteur. Le public est conquis.
(*) Francine Campa (le prologue), Marie-Thé Allirot (la nourrice), Hélène Pondaven (Antigone), Anne-Marie Cornet (Ismène), Alexandre Morelli (Hémon),
Claude Eymard (Créon), Léa Campa (le page), Bertrand Tihy (le premier garde), Rachel Marois (Eurydice) et Nicolas Le Net (le second garde).